La Gestalt-thérapie

Ses racines
C’est vers 1950 à New York que les psychanalystes allemands Frederick et Laura Perls, ainsi que l’écrivain et critique social américain Paul Goodman ont commencé à appeler Gestalt-thérapie l’approche thérapeutique qu’ils mettaient au point avec un groupe de collègues.

Pour les Perls c’était l’aboutissement d’une période d’incubation d’environ quinze ans où, d’abord en Allemagne puis en Afrique du Sud, ils avaient examiné de façon critique leur formation freudienne à la lumière de leur expérience clinique et de leur exploration de divers courants de pensée importants :

  • le néofreudisme de Reich, Rank et Horney
  • la phénoménologie de Husserl
  • l’existentialisme de Buber et Tillich
  • les recherches sur la perception menées par les tenants de la Gestalt-théorie, en particulier Wertheimer, Lewin et Goldstein

La pratique de la thérapie gestaltiste a aussi été marquée par la formation théâtrale reçue par Frederick Perls dans sa jeunesse auprès de Max Reinhardt, par l’apprentissage de l’eurythmie et de la danse moderne par Laura Perls, ainsi que plus tardivement par le Zen.

La Gestalt-thérapie se présente donc dès l’origine comme une intégration large d’apports variés.

Sa théorie de base
On peut dire d’entrée de jeu qu’elle est doublement holistique parce qu’elle met en relation deux totalités : celle de l’organisme, qui ne sépare pas le corps de l’esprit, et celle du champ, qui unit indissociablement l’organisme à son milieu. En ce sens, elle se situe dans le prolongement direct de la vision totalisante de la Gestalt-théorie car le mot allemand gestalt se traduit en français tantôt par forme tantôt par structure, deux mots qui renvoient à une organisation où les parties et le tout sont interdépendants.

La notion fondamentale de la Gestalt-thérapie c’est celle d’adaptation créatrice qui établit que pour assurer sa survie et son développement l’organisme humain doit aller vers son milieu et s’adapter à lui tout en le transformant pour s’approprier et assimiler ce dont il a besoin. En Gestalt-thérapie on s’intéresse donc tout particulièrement à comment s’effectuent les rencontres d’adaptation plus ou moins réussies de l’individu avec son environnement.

On considère par ailleurs que l’expérience immédiate est structurée en une figure (gestalt) intéressante se détachant sur un fond et que c’est le besoin dominant du moment qui intègre dans cette figure les besoins et l’énergie de l’organisme et les possibilités du milieu. Évidemment comme les situations et les besoins changent constamment, il y a un processus continuel de structuration et de déstructuration de figures et de fonds.

L’individu en santé est capable de mobiliser harmonieusement et efficacement tout son être pour prendre contact avec son milieu, agir sur lui et s’en retirer en fonction de ses besoins. Mais diverses formes de perturbations de l’expérience (de soi, de l’autre, du monde) et de l’action faussent le processus d’adaptation créatrice et sont sources de souffrance. La Gestalt-thérapie cherche l’origine de ces perturbations tant dans la situation immédiate que dans l’histoire personnelle du sujet et dans le contexte global où il s’insère.

Sa méthode
Pour rétablir la pleine capacité d’adaptation de l’individu aux circonstances de sa vie, la méthode gestaltiste consiste d’abord à attirer son attention sur comment il s’adapte dans le présent. Pour ce faire, le thérapeute se concentre sur le champ de conscience du client (pensées, émotions, perceptions et sensations) et sur ce qu’il fait concrètement pour satisfaire ou non ses besoins au contact de son entourage du moment, qu’il s’agisse de son milieu de vie habituel ou de ce milieu particulier que constitue la relation thérapeutique, à deux ou en groupe.

L’individu peut être invité à constater certaines discordances dans son comportement pour lui permettre d’en explorer le sens. On peut aussi lui suggérer de tenter de petites expériences, soit pour découvrir des aspects de son vécu qui lui échappent d’ordinaire, soit pour éprouver l’impact sur lui-même et sur les autres de façons d’agir inhabituelles pour lui.

La Gestalt-thérapie est connue pour l’ingéniosité et la diversité des techniques qu’elle met en œuvre pour favoriser l’exploration et l’expérimentation comme, par exemple :

  • la centration sur l’expérience corporelle
  • le jeu de rôle
  • la mise en scène des rêves
  • l’utilisation des arts plastiques, etc.

On oublie souvent que ces techniques s’appuient d’abord sur une théorie, qu’elles émergent ensuite de l’adaptation créatrice du thérapeute au contact de son client et qu’un bon gestalt-thérapeute peut ne jamais utiliser certaines d’entre elles.

La perspective de l’IQGT : une intégration contemporaine

Fort de la conviction que la Gestalt-thérapie propose une vision de l’expérience humaine particulièrement adaptée aux défis complexes de notre temps et dispose de stratégies d’intervention modernes, rigoureuses et efficaces, l’Institut québécois de Gestalt-thérapie se donne d’abord comme mission de montrer sa pertinence clinique et de contribuer à son essor.

Au cours des cinquante dernières années la Gestalt-thérapie s’est renouvelée à travers le monde.

  • en approfondissant cliniquement et théoriquement sa vision propre de la santé et de la pathologie
  • en s’appropriant les nouvelles découvertes scientifiques
  • en interagissant avec les autres approches cliniques et
  • en s’inspirant du savoir issu des approches méditatives millénaires.

Cela a donné lieu à de nouvelles intégrations.

La perspective de l’IQGT constitue une de ces formes contemporaines d’intégration et d’application de la Gestalt-thérapie. Cette intégration présente les caractéristiques suivantes.

  • s’enracine dans les textes fondateurs de la Gestalt-thérapie
  • s’alimente aux nouveaux développements théoriques et cliniques issus de cet héritage
  • s’appuie sur la théorie de la prise de forme en relation de Jean Gagnon qui permet d’identifier les processus de séparation et d’intégration et les mouvements de maîtrise et d’abandon par lesquels l’individu organise ses rapports avec soi et avec autrui et construit son identité.
  • renouvelle la théorie du champ en s’inspirant des réflexions récentes sur les systèmes dynamiques complexes
  • intègre certaines contributions des autres approches cliniques
  • tient compte des connaissances actuelles sur :
    • le développement de l’enfant et de l’adulte
    • la psychopathologie
    • l’efficacité thérapeutique
  • place la relation dialogale entre le thérapeute et le client au cœur du processus psychothérapeutique
  • reconnaît toute l’importance des facteurs organisationnels et socioculturels dans la santé et la maladie mentale